RSS Facebook Twitter
fraternité
 

La revendication Halal dans la vie collective : un piège bien nourri…

Je suis témoin de mutations identitaires dont Gilles Kepel parle dans son livre Quatre Vingt Treize (qui vient de sortir chez Gallimard).

Un des chapitres de ce livre est intitulé « l’extension du domaine du Halal » et analyse un phénomène nouveau, en tous cas récent, mais de plus en plus problématique pour les gestionnaires de structures collectives confectionnant des repas. C’est le cas pour nous, centres sociaux, lieux de vie et d’animation sociale.

Dans cet ouvrage, l’auteur démontre un rapport direct entre ces postures et l’absence de représentation des jeunes musulmans français dans la sphère politique. Tout le monde le constate : notre parlement, nos conseils municipaux… ne reflètent pas la diversité.

Le chercheur démontre que ce point est prépondérant dans le processus de radicalisation. La jeune génération française musulmane cherche une implication dans la vie citoyenne. Elle la revendique même, en particulier dans les zones urbaines. Et si cet élan est frustré, censuré comme il l’est insidieusement depuis longtemps, il se rabattra sur des formes identitaires radicales, ou du moins en opposition avec le modèle  des ainés. L’exemple du salafisme, que Gilles Kepel évoquait dans l’émission de France Inter (vendredi 3 janvier) est significatif :

« totalement absent il y a 25 ans, il s’est considérablement développé en termes symboliques. C’est-à-dire que s’il n’y a pas de masse de salafistes,  c’est une référence qui émerge dans les discours, prônant une rupture en valeurs avec la société, et ayant comme objectif de faire partir le croyant, de le faire quitter la France, en faisant à l’envers le parcours des parents ».

Il est donc primordial de se préoccuper de la question de l’éducation citoyenne des jeunes, de la représentativité de ses expressions, y compris et surtout si elles paraissent extrêmes. Ces opinions ne pourront pas être contredites de façon frontale. Je pense qu’on peut faire le lien avec la question de la représentativité du Front national. Il faut donner la parole, inciter les porteurs de ces messages à s’impliquer dans la vie des quartiers et des villes. Il faut accepter et organiser des échanges au sein des communautés citoyennes, pour que l’exercice de l’expression publique, politique, régule « naturellement » ces élans identitaires. Par exemple, provoquer des échanges sur la gestion des cantines scolaires et la pratique de la laïcité dans cet espace public, apporter des informations précises sur la concordance entre développement de la revendication « Halal » et marchandising « Halal »…

Bref, élever le débat, donner la parole, provoquer les échanges pour rapprocher et pas stigmatiser, pour rechercher des dénominateurs communs.

PV

Partager sur
  • Partager via Facebook
  • Partager via Google
  • Partager via Twitter
  • Partager via Email
 

1 Commentaire

La question de la représentation des minorités dites visibles originaires des pays du Sud et francais à part entière aujourd’hui est en effet un point central de l’ouvrage « 93 » de Gilles Kepel. C’est en effet, et je partage ce point de vue, est l’un des facteurs clés de l’inscription de ces francais dans le paysage républicain. Permettre l’expression populaire dans sa diversité renforce d’une par le sentiment d’appartenance à la nation et d’autre part favorise le mieux vivre ensemble. Le MoDem a, sur ce sujet, un devoir d’exemplarité… Nul ne pourra se satisfaire des déclarations de bonnes intentions.

Par Driss, le 22 février, 2012